Samuel Cantin : « Phobies des moments seuls »

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5 octobre 2012 par Vincent

   Bon, ouais, j’ai pas trop écrit, ces derniers jours, mais j’ai une excuse en béton armé : Borderlands 2 est sorti. Vous comprendrez donc que j’ai actuellement des journées chargées.
Mais comme je suis pas un bâtard, je prends quand même le temps de venir conclure mon bilan québécois en vous entretenant d’une BD absolument stellaire. J’espère que vous appréciez l’esprit de sacrifice dont je fais preuve.

   Cette BD, elle s’appelle « Phobies des moments seuls », et elle est l’oeuvre de Samuel Cantin, un québécois dont c’est le premier album. Il m’a été conseillé par une libraire vraiment cool à qui j’avais dit chercher des BD indépendantes canadiennes. Elle me l’a décrit comme étant « un truc bizarre, avec un humour assez absurde, mais qui parle en sous-texte de sujets sérieux ».
Avec toute la gratitude que je lui dois, je ne suis qu’à moitié d’accord avec cette présentation. Ouais, « Phobies des moments seuls » (on peut dire PMS, pour aller plus vite ? Oui ? Merci, c’est cool de votre part !) est un truc bizarre avec un humour assez absurde. Mais dire qu’il parle en sous-texte de sujets sérieux serait presque une méchanceté à son encontre, étant donné le ton du bouquin, et la maîtrise humoristique de son auteur.

   PMS se présente comme le journal intime de Marcus Pigeon (on est tous d’accord, hein, c’est une référence à Marcus Fenix ?), un médecin qui a été choisi pour faire partie d’une équipe de scientifiques envoyés sur une station spatiale.
Au niveau de la forme, donc, on a plus affaire à un roman illustré (un dessin par page environ) qu’à une véritable BD. Il n’y a pas vraiment de bulles, pas vraiment d’intrigue, et ce qu’on tient entre les mains se veut être le compte-rendu au jour le jour des errances de ce narrateur mi-boloss mi-meilleur pote.
Marcus est en effet un type très cool, qu’on kiffe dès la première page. Peut-être parce qu’il est un peu con, ou parce qu’il parle et agit comme un gosse, ou parce qu’il s’enthousiasme pour rien, ou parce qu’il est complètement aveugle au fait, pourtant évident, que sa copine restée sur Terre le trompe dans tous les sens… Les raisons sont multiples, et jamais démenties. Marcus est cool et on a envie de lire son journal intime, point.

   Maintenant, le truc important, c’est que PMS c’est portnawak, comme on disait lors de ma fraîche jeunesse. Toute cette histoire de station spatiale n’a de scientifique que le nom, et t’en fais pas que c’est partage en couilles à toutes les pages, grâce à une galerie de persos secondaires complètement surréalistes. Par exemple, le meilleur pote de Marcus s’appelle Timothé, et c’est un panda qui parle, fume, écoute de la soul et porte en permanence des maillots de basket. Cherche pas, c’est comme ça, c’est tout.
Pareil pour le peuple extraterrestre que les personnages rencontrent à un moment, et qui est composé de clones de David Bowie dont l’orientation sexuelle ne laisse planer aucun doute quant à la raison pour laquelle il n’y a pas de femmes sur leur planète.
D’ailleurs, tant qu’on en est à parler de problématiques de voiles et de vapeur, faut absolument évoquer le capitaine de la station spatiale, ancien militaire à la virilité exacerbée qui passe son temps à faire de la muscu en slip moulant, à menacer ses subalternes de tripotage de couilles, et à hurler sur tous les toits que les guidounes, ça le dégoûte.

   Ouais, « les guidounes ». N’oublions pas que c’est une BD québécoise. Donc t’en fais pas que, question argot, ton champ lexical va bien s’étoffer en la lisant. Par exemple, pour « homosexuel » (c’est une notion qui revient pas mal dans le livre), tu peux désormais dire « moumoune », « homosexu » ou « guidoune ». C’est comme tu le sens.

   C’est génialement écrit, et ça tourne en moyenne à un gag de ouf par page. J’avais pas autant ri depuis le film « Les Beaux Gosses », je crois. Pendant ma première lecture, je m’arrêtais même volontairement pour pas finir trop vite, tellement je kiffais. J’avais envie d’être dans cette station, en compagnie de Marcus et Timothé.
Graphiquement, ça se rapproche un peu de toute l’école Sfar/Trondheim/Larcenet/Tuvoiscequejeveuxdire. Ligne claire, pas de fioritures, tout dans l’essence.
Même l’objet déchire, la mise en page donnant l’impression d’avoir le vrai journal de Marcus entre les mains, et pas une simple BD parmi d’autres. Y’a pas vraiment d’histoire, c’est plutôt des morceaux de quotidien, des chroniques de l’ennui ordinaire, des instantanés qui donnent envie d’être vécus. Ca me parle, comme formule narrative.

   Lorsque la libraire que j’évoquais au début disait que PMS traitait en sous-texte de sujets sérieux, je vois un peu ce qu’elle voulait dire. Ouais, ça parle pas mal de personnages cons, aux idées bien arrêtées et basses du front. Et ouais, y’a de temps en temps (enfin, une fois, surtout) des parenthèses UN PEU plus émotionnelles sur la solitude inhérente à l’existence humaine, tout ça tout ça.
Mais j’ai pas envie de souligner cet aspect-là du livre. Parce que PMS est avant tout un fou rire de 160 pages, et tout ses autres aspects ne sont à mon avis que des outils destinés à permettre ce tour de force. Et ça fonctionne parfaitement comme ça.

   Premier album, premier chef-d’oeuvre pour Samuel Cantin. C’est de l’énormissime, sérieusement. J’ai méga hâte de voir ce qu’il va faire ensuite.

   Si tu veux acheter cette bombe, t’as qu’à aller sur le site des éditions Pow Pow.
Et si tu veux tâter la marchandise avant, tu vas voir ce blog, sur lequel a été publié la quasi-intégralité de l’album.

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3 réflexions sur “Samuel Cantin : « Phobies des moments seuls »

  1. Le wild. dit :

    Lire c’te BD là en écoutant Lunic, c’t’assez bien ! J’ai lu une bonne partie des aventures, c’est foking hilarant par moment, merci d’la découverte. ; )

    • De rien ! T’en avais déjà entendu parler, ou pas du tout ? Je n’ai aucune idée de sa popularité au Québec.

      • Le wild. dit :

        Nan, justement. On a certaines figures populaires de la BD comme Michel Rabagliati, mais j’connaissais pas Samuel Cantin, à c’t’heure j’m’intéresse davantage aux BDs indépendantes, le reste c’est rendu assez merdeux, y’a plus de saveur, de personnalité, d’originalité. Le monde ose pas.

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