Jonathan Tropper : « The Book of Joe »

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3 septembre 2012 par Vincent

  Une copine m’a récemment passé ce livre en me disant :
1) Qu’il était à sa mère, et donc, a priori, pas super punk, et qu’en plus elle-même n’avait pas été totalement convaincue par sa lecture, mais que, bon, peut-être que moi…
2) Surtout qu’en plus, j’aurais pu l’écrire.
3) Mais en fait non, parce qu’il n’y a pas assez d’insultes.
Vous en conviendrez, il n’est pas super facile, à partir de ces trois propos, de savoir si cette amie pense ou non du bien de moi.

   « The Book of Joe » raconte l’histoire d’un mec qui, sans trop trop de surprise, s’appelle Joe. Joe Goffman, même. Joe est écrivain. Enfin, non. Joe a écrit un seul et unique roman, « Bush Falls« , dans lequel il réglait ses comptes avec la ville dans laquelle il a passé sa jeunesse (ville qui s’appelle Bush Falls, donc) ainsi qu’avec ses habitants. Une entreprise de catharsis personnelle assez commune dans la fiction, en somme.
Sauf que « Bush Falls » est devenu un putain de best-seller, qu’il a eu le droit à une adaptation ciné qui a tout dégommé au box-office, et que ce qui aurait pu n’être qu’une gerbe haineuse et vengeresse vomie discrètement dans les librairies est devenu un phénomène littéraire dans tous les Etats-Unis.
Mais Joe s’en bat les couilles. Parce que désormais, il habite New-York, il est riche, il se tape des meufs, et du haut de ses trente ans il a l’impression d’être le nouveau Hemingway, un truc comme ça. Alors les griefs de tous les connards qui ont fait de son adolescence un enfer, Joe les roule bien serrés, et s’en fait un tuyau pour chier rond. Il est de toute façon en froid avec sa famille depuis des années, et il n’a aucune intention d’un jour remettre les pieds à Bush Falls.

   Sauf qu’un jour son père fait une attaque cardiaque et Joe, mû par un reste de conscience familiale, décide d’aller renouer quelques liens avant qu’il ne soit trop tard. Il retourne à Bush Falls. Là où la ville entière le déteste. Là où vivent des types comme le coach de l’équipe de foot, que Joe a insulté d’à peu près tous les noms possibles dans son roman. Là où une balade innocente vire au parcours du combattant lorsqu’il faut éviter les livres qu’on vous lance à la tête et les coups qu’on essaie de vous mettre.
Là où vit également Carly, le grand amour de lycée de Joe, qu’il n’a pas revue depuis des années.
Et là où, finalement, il va retrouver Wayne, l’un de ses meilleurs potes de l’époque, et le héros involontaire de son roman. Wayne qui est désormais séropositif, en phase terminale…

   L’idée principale de « The Book of Joe » est mortelle, et en effet, j’aurais aimé l’avoir trouvée. Toute la structure du roman joue sur cet entremêlement entre souvenirs d’adolescence (écrits comme des extraits du roman fictif « Bush Falls« ) et introspections d’un trentenaire solitaire, les deux facettes du livre se déroulant dans les mêmes environnements, vus simplement avec quinze ans de différence d’une scène à l’autre.
Un peu à la manière d’un « It » de Stephen King (en beaucoup moins bien, quand même), le présent répond au passé, qui lui répond à son tour, et rapidement, alors que les pages défilent, on ne sait plus bien quel versant du livre est censé éclairer l’autre. C’est cool.
Et puis il y a cette sensation, toujours mortelle, d’errer sur les trottoirs de cette ville imaginaire, en compagnie de ces gens qui n’existent pas. J’attache une grande affection, dans la fiction, aux villes de banlieue. C’est peut-être pour ça que la copine qui servait d’ouverture à cet article m’a conseillé ce roman. Parce que la ville de Bush Falls y est un personnage à part entière. Le roman est épais, et on a le temps de s’habituer à ses rues, à ses quartiers, à ses baraques blanches bien alignées. Je me suis senti en terrain connu. Et puis en plus comme l’auteur m’a rajouté des histoires de lycée, d’amitiés fanées et des répliques parfois vraiment drôles, bah forcément, j’ai kiffé ce roman, voilà. Je suis très prévisible dans mes goûts.

   Reste que ce livre est loin d’être parfait. Loin d’être très intéressant, même, outre le capital sympathie indéniable de son idée de base.
Déjà, c’est mineur, mais certaines ficelles de l’histoire sont épaisses comme une vieille soupe qu’on aurait oubliée au fond du frigo pendant ces vingt dernières années. Quiconque a regardé des teen-movies arrive à prévoir quelques pages à l’avance ce qui va se passer dans « The Book of Joe« .
Ensuite, j’en ai un peu ras le cul de ces persos de New-Yorkais de trente ans qui sont millionnaires mais tristes parce qu’ « il leur manque quelque chose« .
Bon, y’a aussi le problème de quelques sous-intrigues qui sont ouvertes pour ne jamais être refermées, mais ça c’est classique, même les plus grands ont parfois commis ce péché.

   Non, le gros souci de ce roman, il nous renvoie à ce que mon amie m’avait dit pour me le présenter. Que j’aurais pu l’écrire, mais qu’en fait non, parce que si ça avait été moi j’aurais mis des insultes partout.
Elle avait raison.
N’importe qui avec un imaginaire un peu similaire (adolescence, banlieue, années 90…) aurait pu écrire ce livre, à sa sauce, en y rajoutant sa patte personnelle. Ici des insultes, là une toile de fond musicale, là-bas un ton plus sombre, dans ce coin-là une emphase plus nette sur les regrets…
Jonathan Tropper, l’auteur du livre, a eu une bonne idée, mais l’a rédigée de manière furieusement ordinaire. C’est la version 0.1 de son histoire. N’importe quel auteur d’un peu capable qui déciderait d’en faire un remake ferait mieux que lui. Parce que ce roman n’a ni style, ni touche personnelle, ni univers un peu surprenant, ni trouvailles particulières. Il est exactement, au mot près, ce à quoi vous vous attendez en lisant le résumé.
Heureusement, ce résumé est cool. Ca permet au roman d’être quand même un agréable moment de lecture.
Mais ça ne permet pas à Jonathan Tropper de m’intéresser.

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