Orson Scott Card : « Ender’s Game »

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9 août 2012 par Vincent

   Grâce à ce blog et à son prédécesseur, j’ai eu l’occasion de rencontrer, au moins virtuellement, plusieurs personnes vraiment très cool. Comme ces quelques lecteurs qui m’ont commandé des exemplaires de Terrortriste, me permettant de faire un peu diminuer la pile de zines qui dort dans un placard chez mes parents depuis des années.
Ou comme cette mère de famille belge, avec laquelle j’échange d’assez longs mails au sujet de la série Buffy (d’ailleurs il faut que je te réponde, putain ! Désolé de l’attente…).
Ou comme ces deux personnes, récemment mariées, qui sont désormais parmi les gens les plus présents dans ma vie.
Ou comme, encore, David, qui tient le blog Sicky Shark. C’est lui qui m’a branché sur le livre dont je vais parler ce soir. Je l’en remercie. D’une part parce qu’il s’agit du roman le plus excitant que j’ai lu depuis bien longtemps, et d’autre part parce qu’il me permet ainsi de lancer une nouvelle rubrique sur ce blog, à savoir les critiques de bouquins. Bim.

   Le livre en question, en fait, il est déjà super connu. Il s’appelle « Ender’s Game » (« La stratégie Ender« , en version française), et a été écrit par un Ricain, mormon de surcroît, répondant au nom d’Orson Scott Card. Il s’agit d’un classique de la SF contemporaine, lauréat de nombreux prix littéraires. J’en connaissais le nom depuis longtemps, mais je ne m’y étais jamais intéressé, ayant une méfiance aussi tenace que difficile à m’expliquer pour les livres à couvertures argentées.
Mais David, lors d’un échange de mails au sujet de nos lectures du moment, a su me présenter le roman sous un jour qui me parlait. Voici ce qu’il m’en avait dit :
« Honnêtement, je lis très peu en ce moment… quoique j’ai fini y’a pas si longtemps La Stratégie Ender d’Orson Scott Card. C’est un pote qui m’a branché dessus au cours d’une conversation mêlant Finch et Solar Powered Sun Destroyer, des ricains qui ont splitté il y a un peu plus d’un an. Le premier morceau de leur album Sender//Receiver s’appelait Ender. Un morceau qui était et qui reste vraiment classe. Bref. Pour revenir au bouquin, c’est un classique de science-fiction, que je n’avais encore jamais lu. L’affection que Ender a pour sa soeur, ça m’a vachement rappelé Holden et Phoebe, dans L’attrape-coeurs. Ce sentiment de traîner avec lui et les gosses de sa cohorte, dans les couloirs de l’école de guerre (une station orbitale), pendant tout le livre, c’est juste trop bien. Le retour à la réalité est plutôt dur après… Je vais surement continuer la lecture des prochains cycles, même si l’action ne se déroule plus dans l’école. Du moins, au point de vue d’Ender. »

   L’histoire d’une bande de gosses qui traîne dans les couloirs d’une école. Je résiste rarement à ce genre d’accroche, même lorsqu’elle est auréolée d’un décorum fait d’invasions extraterrestres et de guerres spatiales.
Suite au mail de David, je me suis donc mis en tête de m’attaquer à ce livre, et j’ai acheté ce qui semblait être le premier volume de la saga dans un quelconque Virgin près de là où je bosse actuellement.
   Et bien entendu, comme vous l’avez deviné avec mon « ce qui semblait être » de bâtard, je me suis gouré. J’ai été trompé par ma mémoire de merde, et par l’à demi mensonger « tome 1 » imprimé sur la couverture du livre que j’ai acheté. Parce que ce livre, en fait, il s’appelle « Ender’s Shadow« , et c’est certes le premier volume, mais d’un cycle parallèle, toujours écrit par Card, qui raconte la même histoire mais vue par le truchement d’un autre personnage.
Mais bon, merde. Je venais de claquer une dizaine d’euros, j’avais plus rien à lire, alors je l’ai commencé en me disant que c’était quand même un « tome 1« .
Et putain de merde. Grand. Ce livre est grand. « Ender’s Shadow » (« La stratégie de l’ombre » en VF) raconte l’histoire de Bean, un gosse des rues de Rotterdam destiné à devenir l’un des plus grands stratèges de l’histoire de l’humanité.

   Dans un futur auquel on croit sans problème (pas de voitures volantes ni de mutants à tous les coins de rue, juste des évolutions sociales, politiques et technologiques tout à fait crédibles), l’humanité est entrée en contact avec une race extraterrestre. Ca s’est mal passé. Genre très mal. Les extraterrestres (un peuple insectoïde armé jusqu’aux mandibules) ont rasé une bonne partie de l’Asie en quelques secondes, et n’ont été repoussés que grâce à l’action désespérée de Mazer Rackham, un héros de guerre devenu depuis une légende.
L’histoire des romans de Card commence presque un siècle après cette première guerre. Les différentes armées terrestres savent qu’elles doivent se préparer à essuyer, à plus ou moins brève échéance, un second assaut des mêmes extraterrestres, qui sont loin d’avoir été éradiqués. Pour mettre toutes les chances de leur côté, elles ont organisé un programme mondial, qui leur permet de détecter, dès le plus jeune âge, les enfants présentant des signes de génie intellectuel, ou d’aptitudes martiales particulièrement prononcées. Ainsi, elles espèrent mettre la main sur le nouveau Mazer Rackham, capable de sauver l’humanité.

   Que ce soit dans « Ender’s Game » (que j’ai finalement lu après mon erreur initiale) ou dans « Ender’s Shadow« , on suit certains de ces gosses, qui sont soumis à un entraînement intensif dans une station spatiale construite pour cela. Pour reprendre les mots de David : c’est trop bien. On est à la fois dans un cycle de SF très sombre et politique, assez désespéré et mettant en avant les aspects les plus bas de la psyché humaine, et dans un trip presque teen movie, avec tout ce côté « couloirs de collège et interactions entre gosses ». Les amitiés et les rivalités se mélangent avec une thématique apocalyptique bien vénère, et le résultat est juste ouf à lire.
En plus, là où Card se révèle être un putain d’auteur, c’est que ses personnages sont tous présentés comme des génies, des gosses à l’intelligence et à la capacité d’analyse hors du commun. Généralement, c’est un parti-pris bien casse-gueule, parce qu’à moins que l’écrivain soit lui-même un authentique génie, c’est toujours difficile de rendre crédible ces histoires d' »intelligences supérieures ».
Bah là il réussit. Ouais, Ender et Bean, les personnages principaux des deux romans, ont vraiment l’air d’être plus intelligents que nous, et les décisions qu’ils prennent, les analyses qu’ils font sur ce qui les entoure, l’ensemble de leurs réactions sont souvent plus malignes que celles qu’on aurait nous-mêmes eues.

   A ce titre, l’une des premières scènes d' »Ender’s Game » m’a bien marqué. Ender, le héros du bouquin, a alors six ans, et est toujours sur Terre, dans une école ordinaire. A cause de sa petite taille et de l’intérêt prononcé que lui porte l’armée, il est devenu le boloss de sa classe, dont les petits caïds s’amusent à le frapper régulièrement. Lors de l’une de ces séances d’humiliation, Ender décide qu’il en a assez et contre-attaque, physiquement. Un peu par surprise, il parvient à mettre à terre son adversaire, le ridiculisant devant tous ses potes. Et là, il se dit qu’il vient de gagner cette bataille, mais que ce n’est pas suffisant. Que s’il ne fait rien de plus, le lendemain ses bourreaux se vengeront. Il a gagné cette bataille, mais il faut aussi qu’il gagne toutes les autres, maintenant, définitivement. Alors il bastonne son adversaire, toujours au sol. Il lui pète les dents et lui broie les couilles. Ni par vengeance ni par cruauté. Juste parce que ça va terroriser les autres. Juste parce qu’il s’agit de la manière la plus efficace de s’assurer que les brimades ne recommenceront plus.
L’intégralité des deux romans est de ce tonneau. A chaque nouvelle scène, je me disais que je n’aurais pas pu écrire ces livres. Pas simplement pour des histoires d’imaginaires ou de styles différents, mais parce que je n’ai pas la capacité d’analyse, ni la capacité à parler de cette capacité d’analyse, qu’a Orson Scott Card.
Sérieux, que ce soit « Ender’s Game » ou « Ender’s Shadow« , c’est de la très très grande littérature contemporaine. Genre les meilleurs romans que j’ai lus depuis facile un an.

   Et le plus cool, c’est qu’il me reste des balles dans le chargeur. Cette histoire s’étend en effet sur un nombre impressionnant de romans, comme le prouve l’espèce de graphique qui suit. Y’a même des comics qui existent, et un film en préparation.
C’est agréable d’avoir trouvé une histoire aussi géniale à lire. Et c’est encore plus agréable de savoir qu’elle ne sera pas terminée avant encore quelques milliers de pages.

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