Matt And Kim : « Sidewalks »

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1 août 2012 par Vincent

   En début de semaine je suis retourné chez mes parents. J’y ai passé la soirée, la nuit, et je suis reparti le lendemain.
Le soir, après un familial repas qui m’a fait redécouvrir le goût de la viande et la notion de repas complet, je suis sorti marcher quelques heures, ré-explorant Plaisir, 78370.
Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas promené dans cette ville, dans laquelle j’ai habité près de vingt ans. Ces dernières années, à chaque fois que je retournais voir mes parents, je me contentais de faire le trajet de la gare à chez eux et de chez eux à la gare, généralement. Question de temps et de motivation. Là, je ne sais pas, la nuit estivale, tout ça. J’avais envie de voir.

   Peu de choses ont changé. Il n’y a toujours personne dans les rues, toujours des lampadaires à la lumière orange plantés sur les trottoirs tous les dix mètres, toujours les mêmes silhouettes nocturnes : le lycée, le collège, les champs de maïs, des quartiers dans lesquels j’ai habité, des quartiers dans lesquels mes potes ont habité.
Je n’ai plus personne à aller voir, désormais. Tout le monde a déménagé, parfois loin, parfois juste à côté. Mais vraiment dans la ville, il n’y a plus personne, plus de numéros à appeler, plus de portes auxquelles frapper. D’une certaine façon, cette ville sera toujours « la mienne », mais dans les faits, je n’y vis plus, ils n’y vivent plus, et les seules personnes notables que j’ai croisées lundi soir, c’était une bande de lycéens qui traversait l’un des parcs de la ville en se faisant tourner une bouteille. Une bande de lycéens de maintenant. Moi j’ai vingt-huit ans, et les regards que nous nous sommes lancés n’étaient ni complices ni défiants. Eux et moi appartenons désormais à deux mondes différents, à deux générations différentes.
J’ai essayé d’appeler quelques potes, d’envoyer quelques textos. Personne n’était dispo. Alors j’ai squatté un banc au milieu de la ville et j’ai attendu en ressassant des souvenirs.Quand t’as passé autant de temps dans un lieu, n’importe quelle rue évoque un milliard de trucs.

   Le chemin que tu prenait pour rentrer du lycée. Celui sur lequel t’es tombé amoureux. Celui sur lequel t’as dit à une fille que tu ne voulais plus sortir avec elle. Là où t’as vomi en rentrant d’une soirée bien trop alcoolisée chez Fabien. La vue que t’avais depuis la fenêtre de ta chambre, qui donnait droit sur un asile de petits vieux. Le pont sur lequel t’avais croisé des témoins de Jéhovah qui t’avaient hurlé de t’ouvrir au Seigneur. Le centre commercial, qui faisait et fait toujours office de seule sortie possible pour des ados qui s’emmerdent dans cette ville trop grande et trop vide à la fois. Le parking où, à nouveau, t’es tombé amoureux. L’immeuble où tel pote vivait, la maison où tel autre t’accueillait pour jouer à la PS2 quand t’en n’avais pas encore une. Le trottoir où, pendant une semaine, tu t’es fait croire que le skate c’était toute ta vie, avant d’abandonner et de ne jamais y retoucher. La maison dans laquelle t’as vécu deux semaines, parce que t’étais payé pour la protéger des cambrioleurs ou je ne sais quoi. Les différents quartiers dans lesquels tu as été facteur lorsque t’étais étudiant. La seule salle de concert de la ville, dans laquelle t’as vu un nombre indécent de groupes de neo-metal français. Le fast-food où la plupart des soirées se passaient, entre ennui et volonté de se casser d’ici. Les trottoirs, dont t’aimes à te dire que tu en connais chaque fêlure, mais qui en réalité ne t’appartiennent plus.

   C’est toujours le même truc. Les souvenirs et les trucs qui les ont provoqués, ce sont deux choses différentes. Ok, ma ville ne m’appartient plus, mais mes souvenirs si. Et en fait, cette balade à Plaisir a été cool. C’était même pas de la nostalgie, juste une manière de sentir l’air d’alors et de voir les paysages du passé. Ca n’a rien de mal ni de triste, en fait. C’est juste comme ça.

   Ma marche à travers la banlieue pavillonnaire ouest s’est faite au son de l’album « Sidewalks« , de Matt And Kim. C’était un fond sonore tout à fait adapté.

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2 réflexions sur “Matt And Kim : « Sidewalks »

  1. Matthieu dit :

    Je réagis sur la phrase « Peu de choses ont changé ». Je me dis que tu as de la chance.

    Je n’ai jamais vécu 20 ans au même endroit. J’ai beaucoup déménagé mais le lieu où j’ai été le plus longtemps j’y suis resté 9 ans. Ce qui fait beaucoup, par rapport à mes autres habitats. Et bien, là où je suis resté 9 ans et où j’ai beaucoup de souvenirs, beaucoup de choses ont changées. Et ça me chagrine un peu, de ne pouvoir retrouver les paysages de mon adolescence.
    Le champ à côté de chez mon meilleur pote, où on jouait à Jurassic Park tous les deux autour du canal a été remplacé par une zone résidentielle entière, la place centrale de la ville, carrefour des lignes de bus, où on retrouvait tous les potes a été remplacé par un vieux parking, la ruelle où j’ai couru après mon premier amour pour lui faire une surprise est aujourd’hui dans un quartier chaud… Bref, j’ai du mal à retrouver les zones de mes souvenirs là-bas.
    Du coup j’avoue que j’envie ta balade.

    Bien que, je me console en me disant que ces lieux font parti de mon passé et n’ont pas été investi par une nouvelle génération avec qui je n’aurais peut-être pas voulu transmettre, léguer ces précieux endroits.

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