Interview : Billy The Kid

Poster un commentaire

7 juillet 2012 par Vincent

(interview initialement réalisée en septembre 2010)

   Et comme promis, la deuxième interview que contenait le premier numéro de « Sidewalks« . Cette fois c’est Billy The Kid, une Canadienne qui fait de la folk qui bute. Billy, c’est à toi.

 

Salut Billy ! Tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaîtraient pas ?

Salut ! Je m’appelle Billy The Kid ! Je fais des chansons et je me balade ici et là.

Je t’ai découverte par ton album « Breaking down the barriers that break down your music », que t’as enregistré avec ton groupe, The Lost Boys. Tu peux nous parler d’eux? Le nom complet du groupe, c’est Billy The Kid and The Lost Boys. Est-ce que ça veut dire que tu es la seule à composer et que les Lost Boys sont plutôt un backing band, ou est-ce que c’est un vrai groupe ? Je n’ai vraiment aucune idée de la réponse, vu que certains de tes disques récents sont sortis juste sous le nom Billy The Kid, donc j’imagine qu’il y a une différence créative…

La différence principale c’est ça : moi avec les Lost Boys, c’est un projet rock. Moi en solo, c’est plutôt « folk », ou acoustique. La seule confusion, c’est que je dis de certains de mes trucs folks qu’ils sont solo, et qu’ensuite je me ramène avec un groupe ! Héhé…

T’as évolué dans la scène punk-rock, mais tu sembles t’en être éloignée… Je pense à ta chanson « I’m sorry I stopped writing punk songs, but the rules got in the way ». Tu peux nous éclairer sur tes sentiments à ce propos ?

Je n’ai clairement pas quitté le punk-rock. C’est là d’où je viens et ce sera toujours une partie de ce que je suis. Ceci étant dit, j’ai toujours écrit toutes sortes de chansons, et je n’ai jamais voulu limiter mon style. En ce moment je suis en tournée pour mon dernier disque folk en date, « The Lost Cause », mais récemment j’ai encore sorti un EP avec les Lost Boys, « Off the Map ».

Tu l’as évoqué, mais récemment ta musique est devenue plus acoustique, plus calme, avec des chansons down-tempo, tandis qu’au début tes disques donnaient clairement dans le pop-punk. Ce changement, c’est juste une expérimentation musicale, ou une mutation plus profonde ?

Je pense en fait que je retourne à mes racines. Avant d’avoir un groupe, j’écrivais déjà des chansons sur une guitare acoustique ou un piano et je jouais dans des cafés. J’aime tous les styles, des trucs vraiment heavy aux chansons mellow.

En tout cas, un truc qui reste identique dans ta musique, avec ou sans électricité, c’est le thème de la « Lost Cause »… Tu peux nous expliquer ce que c’est, exactement ?

The Lost Cause c’est globalement un mode de vie. Un code de conduite, ou un manifeste pour exister honnêtement dans un monde parfois complexe. Ça a juste commencé comme une série de phrases que le groupe et moi n’arrêtions pas de dire, et ça a finalement évolué en une sorte de credo pour les gens autour de nous. Quelques-unes des « lost causes » sont par exemple « fun is number one”, “when you’re already lost you’ve got nothing to lose”, ou “forgive everyone including yourself”. Juste pour en citer quelques unes.

Question plus panoramique : c’est quoi tes influences ? Que ce soit maintenant ou à l’origine.

J’ai grandi avec le grunge. Nirvana, Babes in Toyland, Pearl Jam. Ensuite est arrive le punk, Samiam, Jawbreaker, ou même Screeching Weasel et Green Day. À partir de là je suis partie dans des trucs plus anciens comme Neil Young, The Band, Bob Dylan, les vieux Springsteen ou Billy Bragg. En ce moment, j’aime vraiment beaucoup The Gaslight Anthem, Ray Lamontagne, Ryan Adams, Kathleen Edward, The Bronx ou The Drips.

C’est quoi la vie quotidienne de Billy Pettinger ? J’ai récemment lu un chouette texte sur ton blog dans lequel tu expliquais ce qu’être « musicien indépendant » signifiait au jour le jour. C’était foutrement instructif, je recommande à tout le monde de le lire. Est-ce que tu peux résumer ici ce à quoi ta vie de musicienne ressemble ?

Haha merci ! Bon, en ce moment je suis sur la route, et ça semble être le cas tous les jours, depuis quelques temps… J’ai fait quelque chose comme 73 concerts cette année, et j’en ai encore une cinquantaine de prévus d’ici l’automne. Quand je suis en tournée je me réveille, j’essaie de trouver un petit-déjeuner vegan, et puis je conduis jusqu’au concert. Après je décharge le matos, y’a le sound check, et je joue ! Quand j’ai un jour off je me concentre sur les trucs liés à internet, histoire de garder contact avec mes amis et ceux qui m’écoutent, et je DORS. Haha… Je tourne toute seule, souvent, et c’est épuisant. Quand ça va mieux, commence la quête sans fin de la « vie indie » : ça inclut tout ce qui va de l’envoi de disques à ceux qui m’en commandent à l’envoi de posters pour les concerts, ou de press-packs aux salles, ce genre de choses. Dis n’importe quel truc, et tu verras que je le fais !

Je viens de voir une photo de Brian Fallon, le chanteur de The Gaslight Anthem, tenant ton dernier disque. Ce mec est l’un de mes héros musicaux ! Comment tu l’as rencontré ? Il a écouté ta musique ?

Haha, en fait je ne l’ai pas rencontré, malheureusement, c’est un ami à moi qui l’a interviewé et qui en a profité pour lui donner le disque et prendre la photo que tu as vue. Maintenant, je passe mon temps à imaginer qu’il est en train d’écouter mon disque !

Tu commences à avoir une discographie conséquente… Tu me corriges si je me trompe, mais je compte trios albums avec les Lost Boys, un EP avec eux aussi, un album live, et deux EP solos. Dans tout ça, quel disque tu recommandes à quelqu’un qui voudrait te découvrir ? Souvent, à cette question, les gens répondent « le dernier », donc on va dire « à part le dernier » !

T’es trop drôle, mec ! (ndr : j’ai très peur d’un sarcasme, ici) Ok, voyons voir… « Strong like prawn » est sorti en 2002, c’était le premier disque avec les Lost Boys. Ensuite il y a eu « Breaking down the barriers that break down your music », sorti d’abord en 2004. C’est le premier disque que j’ai fait avec mon propre label, Lost Records, et quand j’étais gosse, les pochettes de mes disques favoris étaient accrochées au mur de ma chambre… J’avais juré que si un jour je sortais un disque, il aurait une pochette mortelle. Alors la première version de « Breaking down » a un chouette vrai livret en couleurs, tout ça. Quelques années plus tard Lost Records a signé un deal au niveau de la distribution, et on a repressé « Breaking down » avec un nouveau mastering et des chansons en plus. La pochette est rouge, et plus verte. En 2006, “Yet why not say what happened” est sorti. 2008, c’était mon premier EP solo, “The Lost Cause”, et en 2010 mon premier disque autoproduit et enregistré par moi-même, un EP avec les Lost Boys, « Off the map », uniquement dispo sur internet. Récemment j’ai aussi sorti un album live, également uniquement sur internet. Les fans semblent aimer « Breaking down the barriers » en ce qui concerne le côté rock et les Lost Boys, et « The lost cause » pour les trucs solos. Donc ça dépend de ce que les gens aiment, mais je conseillerais l’un de ces deux là !

T’as des nouveaux projets sur le feu ? Comme tu viens de le dire t’as un label, Lost Records… Des nouveaux groupes en vue pour ton écurie ?

J’ai hâte de sortir le nouvel album de William Prince, ainsi que de quelques autres personnes… Si je peux les convaincre de me laisser le faire, haha ! J’ai aussi le projet de sortir un album hip hop, un nouveau disque solo, et un nouveau disque avec les Lost Boys. Et peut-être quelque chose uniquement en vinyle, un jour. J’ai aussi l’espoir d’un truc avec des nouveaux amis, pour un autre projet, mais on verra…

T’utilises beaucoup internet pour ta promo. C’est quoi ton opinion sur la crise actuelle de l’industrie du disque ? Elle est en train de couler et internet est le canot de sauvetage ?

Je hais “l’industrie du disque”. S’ils sont en train de couler, qu’on les laisse faire. Depuis trop longtemps de grosses entreprises ont tiré avantage des musiciens pour se payer des immeubles énormes et remplir leurs comptes en banque. En plus de ça, des types uniquement motivés par l’argent ont infiltré le biz et l’ont envisagé comme une équation mathématique ou des actions boursières dans le but de se faire autant de fric que possible. Je trouve ça aussi transparent que vide de toute honnêteté ou intégrité. J’aime internet parce que j’aime parler aux gens. Surtout à ceux qui sont assez malades pour soutenir ce que je fais.

Je t’avoue que je suis un peu surpris que tu n’aies jamais sorti de vinyles pour tes albums. C’est juste mon opinion, mais avec la montée des téléchargements, j’ai l’impression que l’objet physique est désormais bien plus intéressant en vinyle qu’en cd. C’est une opinion que tu ne partages pas, ou simplement tu n’as jamais eu l’occasion de presser du vinyle ?

Non, je suis tout à fait d’accord avec toi. La seule raison pour laquelle je n’ai encore rien fait en vinyle, c’est le manque d’argent. Mes deux derniers disques sont uniquement sortis sur internet, et ce n’était clairement pas par manque d’envie d’un support physique…

T’es de Vancouver. À quoi ressemble la scène musicale là-bas ? T’as des noms de groupes à nous conseiller ?

J’adore Vancouver. Allez écouter Acres of Lions, Mojave, Jeffrey K, et You Say Party. Comme toutes les “scènes”, celle de Vancouver n’arrête pas d’évoluer. J’essaie de ne pas croire que c’est une bonne ou une mauvaise chose. Je me contente de me dire que comme dans n’importe quelle ville, si les choses deviennent trop sinistres, la scène va fatalement revenir entre les mains de ceux qui y croient vraiment.

Je crois que tu  ne le fais plus, mais il y a quelques mois tu vendais sur ton site des disques de démos dont tu dessinais à chaque fois la pochette à la main ! J’en ai un, et j’avais adoré l’idée. Ça me semble proche de certains trucs que peut faire Jonah Matranga. Est-ce que tu projettes de refaire des choses dans ce style ?

C’est ouf ! Merci d’avoir pris l’un de ces disques ! Je n’arrête pas d’hésiter entre m’y mettre à fond et me dire “je ne ferai plus jamais ça !” (cette deuxième possibilité me venant généralement en tête après avoir dessiné une centaine de pochettes…). Et puis quelqu’un arrive et me rappelle à quel point c’est cool, et je m’y remets. J’aime l’idée d’un objet unique. Le monde est tellement éphémère, créer quelque chose de spécial est toujours un but en soit.

Ok, c’est Presque la fin… Et ce que je vais dire n’est pas une question mais juste une remarque : félicitations pour la phrase “And I’d stay up all night, just to find something worth staying up all night for”, dans ta chanson « Breaking down the barriers that break down your music ». Encore aujourd’hui, je suis fan.

Merci beaucoup ! C’est drôle… Cette phrase est encore trop vraie, t’as pas idée ! Je reste toujours debout la nuit, à chercher je ne sais quoi. Quand on arrête, on cesse d’espérer trouver ce dont on a besoin, que l’on sache ce que c’est ou non.

Dernière question : le dernier livre, le dernier disque et le dernier film que tu aies kiffés.

Livre : “The Business Playground”, de Dave Stewart. Disque : “American Slang”, de The Gaslight Anthem. Film : “Dans la peau de John Malkovich”.

Merci beaucoup Billy, et si t’as un truc à ajouter, c’est maintenant que ça se passe !

Merci beaucoup pour tes questions ! Et pour le soutien depuis des années, sérieux. C’est les gens comme toi qui rendent les gens comme moi plus heureux qu’ils ne le devraient, héhé !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :